Pierre

Les jours passent, les semaines.  … Va-t-on se réveiller ?

1er jour : un cauchemar.

1ere semaine : un mauvais rêve.

Déjà 3 : est-ce bien possible ? Déjà ! Et en même temps, c’est si long…

Mais non, ni l’un ni l’autre. Nous sommes bel et bien réveillés et nous avons vraiment perdu un frère. Notre petit frère n’est plus sur Terre et il nous attend auprès de Dieu. Depuis une vingtaine de jours, nous vivons un  cauchemar qui s’étiole, un rêve douloureux qui se mêle à la réalité mais aussi la beauté de l’amitié de ceux et celles qui nous entourent si bien. Et tout d’un coup on se rend compte combien sont nombreux ceux et celles qui ont perdu un être chers.

Quelle colère que de ne pas avoir pu lui dire adieu de vive voix, bien vivant en le serrant dans nos bras ! Quelle frustration ! Nous ne pouvons que regarder ses photos dorénavant, se souvenir de ses bêtises, de ses blagues, de ses coups de gueule et de ses aventures.

Quelle surprise que de vivre tant de belles choses aussi depuis le décès de  Pierre : de belles et longues conversations, des promesses de voyages et de visites, des envies de réparations et d’aller de l’avant ensemble. Quelle joie mais combien le prix est cher à payer ! Est-ce bien nécessaire ?

Et puis, nous imaginons la peine de nos autres frères et sœurs. Cela ne nous attriste que davantage. Avec les kilomètres on ne peut pas être quotidiennement auprès de ceux qui expérimentent la douleur la plus vive : les parents. Ceux dont les yeux tombent sur tous ces objets du quotidien qui doivent leur rappeler 1000 et 1 souvenirs. Chez nous, on est obligé d’aller de l’avant, les 5 ans d’Emeric, les devoirs, les lessives, le mariage royal, les voisins, le week-end Thy Kingdom Come, les réunions et le boulot. Les emplois du temps d’une famille tout simplement… Pourtant,  j’attrape au vol un regard voilé, perdu dans le vague ou embué, une gorge nouée, j’aperçois un enfant silencieux ou je subis un autre en colère. On efface furtivement une larme qui s’échappe. Se dire au revoir le matin n’a plus la même signification. Et nos trois petites têtes blondes qui comprennent tout si bien avec leurs questions et leurs remarques pertinentes, ils ont dit au revoir à leur tonton à leur façon dans le parc derrière chez nous.

  

Au final, « MERCI Tistou » car grâce à ce héro du roman philosophique pour enfants (et adultes), on a pu mettre des mots sur les sentiments … petit extrait  qui nous a touché plus particulièrement :

« Une nouvelle circula dans la Maison-qui-brille, dont chacun parut fort attristé. Le jardinier Moustache ne s’était pas réveillé.

  • Moustache a décidé de se reposer pour toujours, expliqua Madame Mère à Tistou.
  • Je peux aller le voir dormir ?
  • Non, non. Tu ne peux plus le voir. Il est parti pour un long, long voyage dont il ne reviendra jamais.

Tistou ne comprenait pas très bien. « on ne voyage pas les yeux fermés, pensa-t-il. S’il dort, il aurait pu me dire bonsoir. Et s’il est parti il aurait pu me dire au-revoir. CE n’est pas clair tout cela ; on me cache quelque chose. »

Il alla interroger la cuisinière Amélie.

  • Ce pauvre Moustache est au ciel ; il est plus heureux que nous à présent, dit Amélie.

« S’il est heureux, pourquoi dire qu’il est pauvre, et s’il est pauvre comment peut-il être heureux ? » se demanda Tistou.

Intervention d’Emeric « et ben il est heureux parce qu’il est avec Dieu ! »

Intervention d’Abigaïl : « et ben il est pauvre parce qu’il n’a plus besoin de rien ».

Ah ces enfants, nos enfants : ce sont les meilleurs professeurs.

Carolus (le majordome) avait encore une autre opinion. D’après lui, Moustache était sous terre, au cimetière. Tout ceci était plein de contradictions. Sous terre ou au ciel ? Il fallait s’entendre. Le jardinier ne pouvait pas être partout à la fois.

[Discussion avec le poney qui utilise le mot « mort »]

Tout à coup, Tistou eut l’impression que le soleil perdait sa lumière, que la prairie devenait toute noire et que l’air avait un mauvais goût à respirer. Ce sont là les signes d’un malaise que les grandes personnes croient être les seules à éprouver, mais que les petites personnes de l’âge de Tistou connaissent, elles aussi et qui se nomme le chagrin.

Intervention des deux grands : « Comme nous après la mort de tonton ! »

  • Pleure Tistou, pleure. C’est nécessaire. Les grandes personnes s’empêchent de pleure ; elles ont tort, parce que les larmes se gèlent à l’intérieur et c’est ce qui leur fait le cœur si dur.

[Tistou va au cimetière pour y faire pousser des fleurs dans l’espoir de revoir son ami Moustache …]

« Moustache ne résistera pas à une belle pivoine (…) mais la dalle de bougea pas. (…) et une fleur qu’il n’aurait pas connue, se dit encore Tistou. Même si l’on est très fatigué, la curiosité, ça réveille. » Mais la mort se moque des énigmes. Les énigmes, c’est elle qui les pose. (…) La mort, c’est le seul mal qui les fleurs n’empêchent pas de passer. »

Repose en paix et éclate-toi là-haut !

 

 

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. Deleuze dit :

    Très beau Glad! Merci.

  2. Esperanza dit :

    Que c’est beau… émouvant… plein de richesse… pas de mots pour décrire ce que je ressent…

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