Shakespeare : être seule / still

Le plus beau cadeau que mon mari pouvait m’offrir était de prendre ma place de « maman ». Il l’a fait et plus que bien ! Les enfants s’en souviennent encore (cf Emeric : « Maman, tu sais le jour où tu es partie en vacances toute seule et un tout petit peu, sans valise ? Et bien moi aussi je veux faire ça. »).  Début juin donc, Seb avait pris une semaine de repos pour prendre en main la maison (repas, AR école, linge = le trio gagnant) et moi, je levais les pieds comme ils disent ici.

Pour vraiment se mettre à ma place, il fallait que je sois « absente » aux heures où Seb est au travail. J’étais ravie de l’idée … mais tout à coup : où aller ? Chez la voisine ? Trop près. Dans MK ? Trop de magasins.

Il y a donc plus de trois semaines, j’ai reçu pour mon annif une jolie carte avec 2 billets de train et des horaires à suivre. J’allais donc être seule avec moi-même de 6h à 20h : le top.

 

Bletchley, Coventry, Lemington Spa (non loin de Warwick) et enfin Stratford Upon Avon soit « LA » ville de Shakespeare qui m’attire comme un aimant. Nous y avions été le premier printemps… rappelez-vous … sur le vieux blog : . Donc 2h et des poussières plus tard, dans un tout petit chenillard, je pose le pied sur le quai de cette gare mignonne, style victorien. A croire que les efforts dans les détails pour attirer/garder les touristes commencent dès l’arrivée.

 

Puis, je retrouve le centre ville, un mini petit-dèj’ dans la poche. Je suis, dès l’ouverture, dans le 1er musée : ticket-année acheté : je peux tout visiter avec le même billet. En plus, comme j’ai pris au hasard la brochure devant la porte, j’ai 30% de réduction. Mais c’est super ça, je commence bien. Et Là : je suis seule. SEULE dans le musée qui précède la visite de la maison de la naissance du génie littéraire anglais. La maison se niche dans un jardin complètement fleuri et la guide est française ! Génial, incroyable, gâtée.

Parcours en images.

  

Le père de Shakespeare était gantier, on entre alors dans l’atelier « réhabilité ». A une période, on pouvait fabriquer son propre gant.  Génial… en plus sans un enfant accroché à mes basques et avec toute la journée devant moi. Un peu de créativité dans cette journée de rêve ne serait que la cerise sur le gâteau. Cela m’aurait bien plu mais activité suspendue : ma visite était hors vacances ! Encore une activité attrape touristes (mais les vrais : ceux qui débarquent déjà maintenant).

En sortant de là, je pars à la recherche d’une librairie. C’est décidé : je repartirai de cette ville avec des livres en plus même si nous en avons au moins 1500 chez nous… J’ai très envie de me procurer A lineage of Grace de Francine Rivers que j’avais lu en français il y a plus de 10 ans. La seule librairie « chrétienne » est en faite celle de la scientologie. Je laisse tomber et pars à la recherche du confort pour touristes paresseux qui ne veulent rien louper. A savoir : les bus rouge / Hop on Hop off/ à impériale. Faire la touriste un jour de semaine hors vacances c’est quand même extraordinaire. Me voici SEULE à l’impériale et le chauffeur me câble que les commentaires en français. Mais que demander de plus franchement.

 

Le concept de ces bus : un ticket à la journée qui permet de monter / descendre à chacun de ce genre d’arrêt. Le temps de flâner, découvrir, marcher, visiter puis remonter là où l’on descend (ou ailleurs d’ailleurs) et continuer autant que souhaité ! Billet à conserver une année puisqu’il droit à une réduction dans les autres villes touristiques qui utilisent ces services.

En prenant de la hauteur, la ville a un autre aspect et quand le soleil sort, de nouvelles perspectives sortent de l’ombre. Ce tour en bus d’une heure me permet de faire un repérage rapide et précis de la ville et de visiter les lieux clés de la vie du dramaturge si l’envie de prend.

  

Entre autres, l’école de William, le théâtre …

 

Le cottage de son épouse (que je n’ai pas visité : 5 cars scolaires et retraités dans le parking, ça refroidi)

Donc je file dans la campagne. Bon là à 50 miles / heure ou plus : j’ai un peu froid. Direction la maison-ferme de la mère de l’auteur. A cette allure, sans toit, le vent siffle, les branches des arbres ne passent pas loin … et je suis reconnaissante qu’il n’y ait pas eu ni pluie ni bruine.

 

La maison de Mary Arden (la mère) a été réhabilitée en lieu d’attraction pédagogique intelligent. C’est (re) devenu une ferme « comme au temps des Tudors ». Les employés sont déguisés, parlent comme autrefois et font les gestes du quotidien avec les outils d’antan. L’idée parfaite serait d’y retourner avec les 3 minus… mais toute une journée. Je n’y ai passé que 30 minutes. Faire défiler les photos suffit à avoir un aperçu général du lieu.

    

   

 

De retour en ville, il n’est toujours pas midi. Même si en Angleterre personne ne dit rien ni ne juge de l’heure ou du contenu de vos repas : cela me fait un peu bizarre. Alors je décide d’aller voir une autre résidence de W.S. 

Shakespeare’s New Place was his family home from 1597 until he died in the house in 1616. The house was demolished in 1759, a registered garden has been designed to commemorate the importance of the site and allow visitors to make their own personal connection with Shakespeare.

Ce retour à pieds, en ville, était agréable … Joli jardin mais comme la maison a été démolie, c’était un peu comme un musée de plus. Apparemment LE clou du spectacle là serait un arbre datant de 4 siècles (à confirmer).

  

 

Maquette de ce à quoi devait ressembler la maison en son temps.

Mon estomac commence à réclamer sa pitance. Alors je me dirige « chez » l’épouse de l’auteur… Sans trop savoir ce qui m’attend, je rentre dans ce salon de thé qui possède son « jardin de thé privé » dans l’arrière cour. Et surprise : à nouveau SEULE. J’y sors mon matériel : cahier-stylo-claquettes-lunettes de soleil et livre pour rêvasser encore un peu, tranquillou.

Après une soupe aux champignons et 2 sandwichs aux œufs-cresson (sans cresson : là je n’ai pas pigé), j’étais requinquée et prête à de nouvelles découvertes.

J’y ai laissé ce roman (Les hommes cruels ne courent pas les rues) de K. Pancol, romancière qu’habituellement je dévore, MAIS avec lequel je n’ai vraiment PAS accroché. Une daube sérieux. J’aurais franchement dû lire un résumé ou une critique avant de m’y attaquer. Franchement que faisait ce roman chez nous ? Je préfère de loin le dernier en cours, une autre Katarina, auteure suédoise avec sa Bibliothèque des cœurs cabossés. Délicieux, plein d’humour et de références littéraires intéressantes. Une liste de « to be read ».

  Au détour d’un centre commercial et restos modernes, Puck me salue depuis son jardin-mur de verdure. Et là, le tout premier contact avec Shakespeare me revient en tête : LE monologue de la fin de Midsummer Night’s Dream appris au Texas 20 ans plus tôt. 20 ans !!!!!!!!!!!!!!! Ce n’est pas possible ! Je n’ai pourtant jamais lu ni vu la pièce dans son intégralité. A l’époque je n’avais rien pigé et maintenant et ben pas beaucoup plus en fait 🙂 .

If we shadows have offended,
Think but this, and all is mended—
 That you have but slumbered here
 While these visions did appear.
 And this weak and idle theme,
 No more yielding but a dream,
 Gentles, do not reprehend.
 If you pardon, we will mend.
 And, as I am an honest Puck,
 If we have unearnèd luck
 Now to ’scape the serpent’s tongue,
 We will make amends ere long.
 Else the Puck a liar call.
 So good night unto you all.
 Give me your hands if we be friends,
 And Robin shall restore amends.

 Suite à ce saut dans le passé, direction le cinéma. Cela fait des lustres que je ne suis pas allée seule (vraiment seule) au cinéma. Ayant loupé l’adaptation du Cercles des amateurs d’épluchures de pommes de terre, coup de cœur de l’année, j’aurais ma cession de rattrapage cette fois-ci. Manque de pot : peu de choix à l’affiche cette aprèm’. Par élimination ce sera BOOK CLUB pour rester dans la thématique de la journée. (4 femmes mûres, amies de longue date, se retrouvent pour leur club de lecture. Leur vie va être bouleversée par la lecture du roman de Grey).  Bon, le film : pas transcendant mais comédie légère dont on devine la fin avant même d’avoir commencé.  J’arrive en avance dans la salle de ciné. 20 minutes SEULE avec ma boîte de pop-corn que je n’ai pas besoin de partager avec trois morveux chouineurs qui ne me laisseraient que les grains de pop-corn non-éclatés au fond de la boîte, qui auraient besoin d’un pipi ou autre au moment-clé… Dans la salle, juste 6-7 personnes du même âge que les personnages principaux (70 ans more or less). Ce n’est pas grave, au moins je ne serai pas dérangée !

Puis, passage obligatoire par la boutique souvenir-librairie shakespearienne. Pour gâter les 3leuze. Il n’est jamais trop tôt pour les initier à la culture littéraire, n’est ce pas. D’ailleurs, j’encourage quiconque qui nous visiterait à demander à Mic qu’est ce qu’une mise en abîme ou à Abi qui est Pégase : vous pourriez avoir des surprises ou des rires…

Je trouve enfin des « vraies » librairies, les grosses enseignes. Je furette, prends le temps de feuilleter et de lire les 4ème. Je vais m’acheter un livre. Oui, c’est certain mais j’ai trop de temps et trop de choix. Le rêve. Seule à nouveau … Personne dans la poussette qui râle ou aurait soif.

Puis, ça fait bien longtemps que je n’ai pas visité d’exposition quelconque. Alors c’est parti. Pèlerinage « comme une étudiante du Mirail », je continue, prend des rues au hasard et entre ça et là. Le prix des œuvres est affolant mais ça ne coûte rien de regarder.

  

 

Sur les bord de l’Avon … qu’il faut longer pour arriver aux derniers lieux à visiter. Mes pieds commencent à dire « stop »…

« Mon ami, pour l’amour du Sauveur, abstiens-toi
De creuser la poussière déposée sur moi.
Béni soit l’homme qui épargnera ces pierres
Mais maudit soit celui violant mon ossuaire »

Je me décide d’aller voir l’église où est enterré celui qui a créé Roméo et Juliet. Non par esprit morbide mais pour pouvoir lire l’épitaphe sur sa pierre tombale. Il paraîtrait que William Shakespeare avait demandé expressément à être enseveli dans l’église afin que ses os ne soient pas déterrés quelques décennies plus tard comme il était de coutume de faire en ces temps-là. D’ailleurs, le taux de mortalité étant élevé au 16è 17è, il était fréquent de sortir les ossements des caveaux et tombes pour les brûler et « faire de la place ». D’où le nom de « Bone Fire », les feux de joies en été portent ce nom tiré de cette pratique. J’aurais donc voulu vérifier cela, comme il fallait payer je me contenterai d’une photo-google ! Évoquer une malédiction dans une église : étrange…

De l’autre côté de la rue, en face du vicarage (le presbytère), la demeure de la fille de Sh, Suzanna. Elle épousa un docteur et un style de vie qui va avec.  Déjà au  temps de Shakespeare, les enfants étaient immobilisés dans des chaises hautes !

Le gendre de Will, le docteur (et non pas chirurgien, qui étaient en fait les barbiers, d’où les couleurs blanc-rouge de leurs insignes  : cf. pansements et sang) et serait à l’origine de l’expression « to have a frog in the throat » (avoir un chat dans la gorge) car il faisait cracher de la salive de grenouille dans la gorge de ses patients qui avaient des douleurs et maux de gorge type angines.

 

  

LE pot de SEL. L’accessoire bling bling de l’époque. Plus le pot était gros à côté de la marmite, plus on était riche. Les jardins de cette demeure me tendaient à nouveau les bras … pour m’y reposer mais le soleil ne voulait pas se montrer : dommage.

 

Allez dernières 30 minutes de repos … je commence par quoi ?

C’est parti pour the Red Notebook / La femme au carnet rouge d’Antoine Laurain. Mais pourquoi je ne le connaissais pas avant celui-là ! En gros,  le tème est « Comment vivre sans portable à notre époque ? »  C’est pourtant ce que j’ai fait, une journée de 10h sans internet SEULE avec moi-même et ma tête. L’autre achat de la journée : Le meilleur des mondes qui est courageux en anglais. Je l’avais découvert en 1ère et en français. Je vais le redécouvrir en VO. Par contre, lire un livre français traduit en anglais : étrange et intéressante expérience.

Au revoir jolie ville littéraire.

Petit coup de stress à Coventry, louper son train à la dernière minute : relou. Indication mal comprise. Retard. Personne ne court alors qu’il y a foule. Comment font les autres avec des panneaux aussi relous ?

 

C’était reposant quand même.

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